lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 10h39


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Financement fédéral - Le Fonds des médias du Canada suscite toujours l'inquiétude

Thierry Haroun   7 novembre 2009  Médias
C'est avec angoisse et une bonne dose d'appréhension que le milieu du documentaire québécois attend de connaître les principes fondateurs et les visées réelles du Fonds des médias du Canada, qui amorcera ses activités le printemps prochain.

James Moore, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, a annoncé en mars dernier la mise sur pied du Fonds des médias du Canada (FMC), qui amorcera ses activités en avril prochain. Ce nouveau bras financier naîtra de la fusion du Fonds canadien de télévision et du Fonds des nouveaux médias du Canada.

Le ministre avait précisé, entre autres, que cette décision reposait sur les quatre objectifs suivants: assurer une saine gouvernance et une reddition de comptes efficace; récompenser le succès et encourager l'innovation; investir en fonction de ce que veulent les Canadiens; et équilibrer les règles du jeu.

Il était aussi indiqué, dans le communiqué de M. Moore, «que le Fonds des médias du Canada placera l'accent sur les émissions dramatiques, les comédies et les émissions pour enfants. Il appuiera également des documentaires et des émissions de variétés ou d'arts de la scène, si le promoteur peut démontrer que le marché seul ne peut en soutenir la production.» Et on y lit plus loin que, «étant donné que les Canadiens veulent des émissions sur une foule de plateformes, le Fonds verra à ce que les productions soient non seulement diffusées aux heures de grande écoute, mais également dans Internet et sur les appareils portatifs».

Autant de zones grises et d'objectifs qui avaient alors soulevé un vent de colère dans le milieu du documentaire québécois, qui craignait le pire pour son industrie.

Cela dit, l'été dernier, le Fonds canadien de télévision a lancé son processus de consultations en vue de la création du Fonds des médias. Ces consultations, qui se sont récemment tenues à Montréal et lors desquelles plusieurs mémoires ont été déposés par la filière du documentaire, se termineront prochainement. Reste que, aujourd'hui encore, l'inquiétude sinon la méfiance, dans certains cas, sont toujours palpables chez les acteurs de cette industrie interrogés par Le Devoir.

Inquiétudes

«Il a deux aspects que je considère inquiétants dans l'annonce du ministre James Moore, souligne Judith Brosseau, vice-présidente principale de la programmation et des communications chez Astral pour les chaînes Canal D, Historia et Séries+. D'une part, l'obligation, pour tout projet qui veut être financé par le Fonds des médias, d'avoir deux plateformes de diffusion. Ça, monsieur, ça s'appelle une révolution de palais! D'autre part, le ministre dit souhaiter que ceux qui postuleront pour du financement doivent faire la preuve que le documentaire ne peut pas être financé par le marché! Écoutez, vous comprenez pourquoi tout cela a provoqué une certaine inquiétude.»

Déjà, ajoute-t-elle, le seul fait de ficeler le montage financier d'un projet de documentaire tient du fait d'armes. «Mon Dieu, comment on va faire pour financer deux plateformes pour un même projet?» Mme Brosseau propose qu'une enveloppe particulière soit réservée au documentaire dans le nouveau fonds. «Dans l'ancien régime [Fonds canadien de télévision], il y avait d'office un pourcentage qui était réservé au documentaire. On présume que le comité de travail [qui élaborera les principes fondateurs du FMC suivant les consultations] fera des propositions en ce sens, ce qui ferait l'affaire de tout le monde.»

Le fait accompli ?

Chez Macumba International, la réalisatrice Raymonde Provencher rappelle que l'annonce du ministre Moore avait été reçue par l'ensemble de la communauté du documentaire comme une «catastrophe. On parle approximativement du tiers du financement qui serait concerné, alors que déjà les structures financières sont anémiques. Et, quant aux consultations qui ont cours, on est un peu coincé, parce qu'on nous dit d'arrêter de rugir et d'attendre de connaître les principes directeurs du fonds. Eh bien, c'est comme l'oeuf ou la poule. On veut bien attendre, mais quand les décisions seront prises, sera-t-on en mesure de corriger le tir? On craint d'être mis devant un fait accompli. À preuve, lors des consultations qui se sont tenues à Montréal, on nous a dit que des décisions avaient déjà été prises! Lesquelles, au fait? On est dans des zones grises.»

Et, sans financement public adéquat, point de salut pour le documentaire au Québec. «Mes documentaires dépendent à 100 % de fonds publics, c'est-à-dire par l'entremise du défunt Fonds canadien de télévision, de l'ONF, de la SODEC et des crédits d'impôt du fédéral et du provincial. Ça peut prendre plus d'un an pour ficeler le financement d'un documentaire», souligne Mme Provencher, qui termine un documentaire portant sur d'ex-fillettes soldates forcées de joindre la rébellion dans le nord de l'Ouganda. Elle souhaite, tout comme l'ensemble des acteurs de l'industrie, que le FMC réserve une enveloppe financière au documentaire qui soit à la même hauteur qu'auparavant, voire bonifiée, lui reconnaisse un statut spécial et le soustraie à l'arbitraire des cotes d'écoute au titre du financement.

Que faire à l'automne 2010?

Même son de cloche à l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec. La directrice des communications, Céline Pelletier, craint en particulier que l'industrie ne soit mise au fait des critères du FMC qu'à la dernière minute, ce qui ne serait pas sans conséquences pour la programmation de l'automne 2010. «Une fois les décisions prises, il n'y a pas de processus d'appel prévu. Et les critères seront annoncés à la fin du mois de mars ou au début d'avril. Cela causera d'importants problèmes pour les maisons de production quant à la programmation de l'automne subséquent. Ce pourrait être l'enfer, parce qu'il faut laisser le temps aux gens d'organiser une programmation, à moins que le statu quo ne soit maintenu, ce qui évitera le pire.»

Sauvons le documentaire

Le réalisateur Richard D. Lavoie, membre du conseil d'administration de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, a joint sa voix au regroupement Sauvonsledocumentaire.ca et souligne à quel point sa réaction, comme celle de ses confrères, «avait été vive quand on a appris les intentions du ministre Moore à propos du Fonds des médias. Ce qu'on déplore, c'est qu'il n'y a plus de genre prioritaire dans le nouveau fonds et donc pas de sommes réservées pour le documentaire. Nous, on demande le statu quo.»

À ses côtés pendant l'entrevue, le réalisateur Bruno Boulianne, également membre de la coalition visant à sauver le documentaire, se rappelle d'avoir été «à la fois surpris et pas par l'annonce du ministre Moore, si on prend en compte la logique des conservateurs. C'est en fait une brique de moins dans le mur. Cela s'ajoute à la disparition du Fonds canadien du film et de la vidéo indépendante, à la disparition de l'enveloppe réservée aux télédiffuseurs comme Radio-Canada, en plus des rumeurs de plus en plus persistantes portant sur le nouvel examen des allocations budgétaires à l'Office national du film du Canada. Quelle est la prochaine étape pour achever la démolition?»

Ottawa à l'écoute

Betsy Chaly, directrice des communications du Fonds canadien de télévision, confirme que les consultations prendront fin au début de décembre, que les principes directeurs du FMC seront dévoilés à l'ensemble de l'industrie au début de mars et que ce fonds amorcera bel et bien ses activités le 1er avril prochain comme prévu. Elle tient aussi à dire qu'aucune décision ne sera prise relativement aux critères du FMC, tant que les consultations ne seront pas terminées, et que les recommandations émises par les acteurs du documentaire dans leurs mémoires respectifs «seront prises en considération, mais compte tenu des besoins de nos différents partenaires».

Le Devoir a envoyé une demande d'entrevue au ministre James Moore pour discuter de l'ensemble du dossier. C'est sa directrice des communications, Deirdra S. McCracken, qui nous a répondu par courriel, dont le message, plutôt laconique, se lit comme suit: «Notre gouvernement compte sur le personnel et le nouveau conseil d'administration du Fonds des médias du Canada pour mener, par la présente, des consultations formelles, utiles et inclusives auprès des membres de l'industrie afin d'assurer la mise en oeuvre réussie du programme du Fonds des médias du Canada en 2010. Nous espérons que toutes les parties intéressées saisiront l'occasion de participer aux consultations.»

***

Collaborateur du Devoir






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009